« Mais toi, ce n’est pas pareil »: quand le racisme ordinaire persiste en Belgique germanophone
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Raza Tafilaj est rédactrice pour le quotidien germanophone GrenzEcho
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© Canva (Stanciuc via Gettyimages)
Auteure
Traductrice Amélie Lefèbvre
Quand le quotidien germanophone GrenzEcho a publié un article sur la campagne « Ostbelgien contre le racisme », les premiers commentaires haineux ont surgi en moins de cinq minutes. Des réactions critiques, voire furieuses, et certaines si éloquentes qu’elles illustraient à elles seules ce que la campagne entend dénoncer.
« Ces gens-là ne s’intègrent jamais. » « Quand on n’est pas d’ici, on s’adapte. Et si ça ne leur plaît pas, qu’ils partent. »
Ces propos sont courants. Ils révèlent une façon de penser banalisée depuis longtemps et souvent exprimée au nom de la « liberté d’opinion ». Mais ils sont bien plus qu’une opinion: ces préjugés simplistes réduisent les individus à leurs origines.
Pour moi, c’est une réalité concrète. Je ne suis pas née ici, mais j’y ai grandi, fait mes études, construit ma vie. Et ces mots ont pourtant jalonné mon parcours, de l’enfance à aujourd’hui.
– « Tu viens d’où? » – « D’Eupen. » – « Non, je veux dire, tu es de quelle origine? »
Des petites phrases, souvent dites sans malice mais qui sont sans appel: elles questionnent l’appartenance. Elles signifient que pour certains, « être d’ici » ne suffit pas.
On en fait l’expérience à tous les âges. Elles changent simplement de forme. Les questions deviennent des remarques, les regards des jugements. Avec le temps, on apprend à vivre avec. Non pas parce que c’est acceptable, mais parce que c’est nécessaire. On ne peut pas répondre à chaque commentaire. Alors, souvent, on laisse glisser. On se protège.
Mais cela ne veut pas dire qu’on n’est pas touché. Au contraire: à force de se répéter, ces expériences s’impriment. Les commentaires sous nos articles, eux non plus, ne s’évanouissent pas: ils laissent des traces. Ils nourrissent ce sentiment que, quoi que l’on fasse, cela ne suffit jamais tout à fait.
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On le perçoit très bien dans des phrases comme « Mais toi, ce n’est pas pareil. » Sous couvert de nuance, elle dit l’inverse. Elle signifie que l’on n’est accepté qu’à titre individuel, à condition de se distinguer d’un groupe dévalorisé dans son ensemble. Ces « autres » sont des personnes comme moi: des gens qui ont grandi ici et à qui l’on fait malgré tout sentir qu’ils doivent justifier leur place. Des personnes qui font tout « comme il faut » et que l’on continue pourtant à considérer comme venues d’ailleurs.
« On a encore le droit de le dire, non? » Oui, la liberté d’expression est fondamentale. Mais elle ne légitime ni les amalgames ni la dévalorisation de personnes en raison de leurs origines. Le racisme ne fait pas toujours de bruit. Il s’insinue dans le quotidien, dans des moments d’apparence anodine, dans des mots que beaucoup jugent inoffensifs. Pour certains, ce n’est qu’un commentaire sous un article. Pour moi et beaucoup d’autres, c’est une partie du quotidien que l’on n’a pas choisie.
On apprend à faire avec. On apprend à ne pas tout entendre. On apprend à ne pas se justifier sans cesse. Mais on n’apprend jamais à ne pas être touché.
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